07.03.2007

A propos des statistiques ethniques !

Des chercheurs, des universitaires, des syndicalistes, des militants associatifs et politiques ont lancé une pétition sous l’appellation « engagement citoyen contre les discriminations » pour dénoncer et s’opposer aux statistiques ethniques.

Voici en principe une démarche salutaire pour cette question fondamentale qui pourrait permettre une meilleure connaissance des catégories de populations composant la communauté nationale. Elle montrerait la spécificité de chacune d’elles, ses difficultés d’insertion sociale et économique auxquelles les unes et les autres peuvent être confrontées. Autrement dit, un débat utile pour la prévention et la lutte contre les discriminations. Cette initiative suscite plusieurs interrogations, quant à la qualité de ses signataires, dont certains sont connus pour être des chantres de « communautés », ou alors certains arguments développés, tels le risque ou le danger d’affrontements de communautés Certains de ces signataires recherchent et trouvent leur légitimité associative et/ou politique justement dans ces communautés, en réalité leur leitmotive, leur fond de commerce, quand bien même ces communautés revêtent des contours et contenus des plus variés : (religieuses, nationales, culturelles...). En France, en lieu et place de véritables débats, nous voici encore devant la langue de bois, les discours idéologiques (nous y sommes malheureusement habitués) des contorsions sémantiques, au point de nous demander si cette pétition ne participe pas à ce jeu intellectuel et politique du faire valoir. Les naïfs, les incrédules pourraient être séduits et applaudir à cette pétition aux motifs nobles et bienheureux. Mais elle ne peut que laisser dubitatifs ceux qui connaissent le contexte, la nature et les enjeux que couvrent ces débats sur cette question fondamentale des discriminations.

Sur la notion ou l’appellation de statiques ethniques.

L’ethnie, voilà un mot qui n’a, loin de là, un sens neutre dans notre société, tant il charrie une charge sémantique et symbolique particulière pour ne pas dire pesante. Le mot ethnie a une histoire colonialiste ou coloniale ou encore une connotation néo-coloniale. C’est un mot chargé de préjugés, il véhicule l’idée de division, d’éclatement, de guerre. D’ailleurs, dès qu’il y a conflit, il est taxé, qualifié de conflit ethnique, quand bien même les belligérants appartiennent à des communautés nationales (des Etats) ou religieuses. L’on observe ainsi que les conflits religieux sont généralement présentés à tord,comme des guerres inter ethniques.

L’appellation « statistiques identitaires » est plus pertinente

Cette appellation « statistiques ethniques » n’est pas la plus appropriée, la plus adaptée. L’appellation, le concept, la notion qui paraît la plus pertinente, est celle de « statistiques identitaires ». En effet le terme identité implique une neutralité et nous pouvons dire identités nationales, religieuses, culturelles, régionales..... Peut-on dire par contre une ethnie religieuse ? une ethnie nationale ? Sur les diversité de la population france.

Inutile de rappeler la réalité humaine et culturelle de la population française. L’histoire de sa constitution, en termes de vagues, de flux migratoires, intégrations successives de territoires, de régions avec leurs populations, y compris d’outre mer, nous interpelle tous. Des années durant, notamment celles qui ont précédé et suivi la coupe du monde 98, combien d’intellectuels, de syndicalistes, d’universitaires et de militants ont été jusqu’à exprimer leur courroux, leur désapprobation de voir une France réduite à des Blancs, Blacks et Beurs ? Voici là trois « catégories ethniques » simplifiées, étriquées véhiculant de nombreux fantasmes et autres escroqueries intellectuelles. Des identités à la fois artificiellement conçues, réductrices et excluant de la communauté nationale tout ce qui n’est pas « blanc », « beur » et « black », c’est-à-dire tous les autres. Or, ce qui dérange nombre de nos intellectuels et autres signataires de cette pétition, c’est que cette exigence ou cette demande est le fait de populations qui jusque là étaient confinées à la passivité, à l’oubli, à la discrétion ou au silence : Des identités assimilées à du folklore, Des identités illégitimes qui, brusquement veulent s’arroger le droit de côtoyer ou de « siéger » aux côtés des identités nobles et « politiquement correct ». ! Sur les risques d’affrontements

Si malheureusement, les risques d’affrontement existent dans notre société, ils ne sont pas le fait de statistiques, mais le résultat de politiques d’exclusion et de marginalisation de certaines populations, ou bien, le prolongement de conflits étrangers, importés en France alors même que leur nature est religieuse et/ou nationale. Dans un contexte de mondialisation, d’intégration européenne de développement de flux migratoires, de complexité de nos sociétés, comment faire abstraction des enjeux d’identité . La lutte ou la prévention des discriminations ne passent pas nécessairement par l’établissement de statistiques ethniques ou identitaires. Evoquer qu’elles peuvent constituer un risque d’affrontement entre communautés est pour le moins démagogique et dangereux. D’autres acteurs politiques, de l’extrême, recourent généralement à cette litanie. ? S’il y a crainte d’éclatement de notre société, elle ne peut être le fait que d’une crise sociale et de conflits de modèles de valeurs.

Rezki Boudaoud

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